Slow démocratie : et si c’était à nous de prendre la main ?

Un manifeste en faveur de la démocratie en pleine période où est réclamé le retour à une autorité forte : audacieux et éclairant !  Et surtout, une très forte réflexion sur le meilleur moyen de reprendre notre destin en main…

Le résumé

Remettons la nation démocratique au cœur de l’agenda progressiste. Arrachons-la des mains des identitaires et des anti-européens. Prenons conscience qu’elle est plus nécessaire que jamais pour équilibrer la mondialisation. Aimons-la. Elle seule nous permettra de concilier démocratie, mondialisation et environnement, d’aller vers une Slow Démocratie.

Peut-on reprendre le contrôle d’une mondialisation débridée dont les dégâts se font sentir chaque jour sur la démocratie, l’environnement et la justice sociale ? Oui. Grâce aux nations.
Un tel propos peut paraître contre-intuitif à tous ceux qui voient la nation comme un totem d’extrême droite. Mais ce livre montre qu’elle reste le levier le plus efficace pour ne plus être les témoins impuissants des dérèglements en cours.

Humanistes, progressistes, sociaux-démocrates, écologistes : n’ayons plus peur de nous en saisir ! Car il y a urgence. Les classes moyennes occidentales laminées ne veulent plus d’un système qui profite d’abord aux élites. Gilets jaunes en France, Brexit en Angleterre, Trump aux États-Unis, Orban en Hongrie, Salvini en Italie, mais aussi Bolsonaro au Brésil : les peuples crient leur colère et veulent reprendre le pouvoir, souvent sous les traits de l’homme fort. Une internationale d’extrême droite se met en place. La démocratie libérale que l’on croyait indéracinable est en danger de mort.

Alors remettons la nation démocratique au cœur de l’agenda progressiste. Arrachons-la des mains des identitaires et des anti-européens qui la réduisent à des fantasmes nationalistes. Prenons conscience qu’elle est plus nécessaire que jamais pour équilibrer la mondialisation. Aimons-la. Elle seule nous permettra de concilier démocratie, mondialisation et environnement, d’aller vers une Slow Démocratie.

Le livre

Pouvons encore maîtriser, contrôler le monde dans lequel nous vivons ? Avons-nous encore le droit ou la possibilité de diriger notre destinée par le biais du système démocratique mis en place dans notre pays ?

La question est posée par David Djaïz (énarque, Normale Sup, professeur à Sciences Po, membre de la Fondation Jean-Jaurès*… excusez du peu bien que ça ne préjuge pas de la compétence) autour du thème de ce qui nous échappe et des solutions pour y remédier.

En connectant l’histoire, l’économie, les philosophes, les sociologues, les doctrines et les erreurs humaines, l’auteur nous emporte non seulement dans un constat édifiant (et qui laisse perplexe) mais surtout dans une réflexion nécessaire pour bâtir le jour d’après.

Des solutions sont également apportées avec le retour vital de la nation en fondement de nos stratégies de décision, mais une nation conçue en dynamique ouverte et non en système clos et excluant.

Dans la période troublée où nous vivons, cet ouvrage constitue la promesse de jours meilleurs et non le retour en un statu quo destructeur, et nous en avons bien besoin.

REMARQUABLE 

😉  😉  😉  😉  😉  😉  😉

Extraits

« Nous n’avons pas su voir dans la crise économique de 2008 autre chose qu’un dysfonctionnement temporaire. Ne refaisons pas la même erreur avec la crise de la démocratie qui s’avance depuis 2016. Elle n’est pas un simple dérèglement, une folie passagère que quelques mesures technocratiques suffiront à réparer. Elle est la conséquence logique de quarante années de bouleversements économiques et de désastres sociaux. » 

« Première étape. À partir de 1979, un nouvel ordre réglementaire et institutionnel se constitue à bas bruit et corrode la vitalité démocratique des nations. Margaret Thatcher à la tête du Royaume-Uni comme Ronald Reagan aux États-Unis se sentent investis d’une mission : accomplir la révolution politique qui va faire basculer les vieilles nations industrielles dans la modernité libérale. Les années 1980 sont celles de la « mondialisation réglementaire » : des multinationales partent à l’assaut du monde grâce à la levée des obstacles tarifaires et réglementaires qui freinaient jusqu’alors les flux de biens, de capitaux et de services. C’est tout un système, distant de la démocratie nationale, qui se met en place à bas bruit. On peut le qualifier de libéral, moins par référence au libéralisme politique qu’à l’injonction propre à la mondialisation de libérer les échanges économiques entre pays. Cet ordre disciplinaire est formé d’un ensemble d’institutions, de réglementations et de politiques publiques non démocratiques : des autorités administratives réglementent et prennent des décisions, sans avoir à rendre de compte aux citoyens, sur des sujets aussi essentiels que la libre concurrence ou la régulation financière ; des juges européens écartent des lois votées par les parlements au nom d’une interprétation extensive des traités ; le marché unique et l’euro, pourtant les deux créations les plus importantes de la construction européenne, sont pilotés par des organes non élus, etc. La crise financière de 2008 et la crise des dettes souveraines de 2010, loin d’avoir rééquilibré la balance entre démocratie nationale et ordre libéral, ont encore consolidé ce dernier, par exemple avec la constitutionnalisation du frein à l’endettement en Allemagne. Depuis quarante ans, les nations démocratiques se trouvent ainsi dépossédées d’un grand nombre de leviers d’action, à commencer par ceux qui pourraient entraver le bon déroulement de la mondialisation. Tout est de plus en plus corseté dans des règles, soustrait à la délibération démocratique et aux interventions discrétionnaires des gouvernements. Ce nouvel ordre technocratique ne pouvait qu’entrer en collision avec la vitalité démocratique des nations.

Deuxième étape. À partir de 1989, date de l’entrée de l’ex-bloc de l’Est dans le monde capitaliste, la « mondialisation réglementaire » cède le pas à une « mondialisation technologique ». Sous l’effet d’une triple révolution technique – généralisation du conteneur dans le transport maritime ; développement d’Internet ; essor de la finance de marché9, les coûts de coordination diminuent drastiquement et les entreprises réorganisent leurs chaînes de production à une échelle mondiale : une même entreprise peut désormais concevoir un produit aux États-Unis, acheter des composants au Japon ou en Corée, le faire assembler en Chine et en Inde et le vendre en Europe. Des centaines de millions de travailleurs à bas salaires entrent dans le jeu, provoquant une spectaculaire réduction des inégalités au niveau mondial. Mais cette amélioration se fait à un prix, trop longtemps minoré, voire ignoré : le laminage de la classe moyenne et le creusement des inégalités à l’intérieur des vieilles nations industrielles. Entre 1988 et 2016, 44 % de la hausse des revenus mondiaux ont, par exemple, été captés par les 5 % les plus riches, qui vivent pour la plupart dans les grandes métropoles occidentales, alors que la classe moyenne de ces mêmes pays a vu ses revenus réels stagner10 et beaucoup de ses membres décrocher et tomber dans la précarité. D’un côté, une minorité, en constante diminution, de travailleurs de plus en plus qualifiés et de mieux en mieux payés qui sont en compétition avec d’autres travailleurs très qualifiés à l’étranger : les « nomades »11. De l’autre, une écrasante majorité de « sédentaires » qui fournissent des biens et des services locaux (du petit commerçant à l’aide-soignante en passant par le livreur Deliveroo) ou qui vivent de la solidarité publique, quand ils ne trouvent pas à employer utilement leur force de travail. La solidarité entre les nomades et les sédentaires, au sein d’une même nation, est sur la sellette. Les nomades, pour rester compétitifs, ont besoin que les sédentaires coûtent le moins cher possible. Le modèle d’État social hérité des Trente Glorieuses, qui reposait justement sur le sentiment d’obligations réciproques des concitoyens d’une nation, est en danger : il est jugé dispendieux par les nomades qui estiment qu’il nuit à leur compétitivité, et il réduit les plus fragiles au rang de consommateurs de prestations sociales.

Troisième étape. À partir de la crise financière de 2008, la solidarité territoriale, dernier verrou qui empêchait la fragmentation des sociétés, commence à sauter. Depuis les années 1980, des mécanismes invisibles de circulation des richesses, hérités des Trente Glorieuses, assuraient une solidarité objective entre les régions riches, à commencer par les grandes métropoles, et les territoires en déprise industrielle mis à mal par la mondialisation. La crise financière de 2008 et son corollaire la crise des dettes souveraines, deux ans plus tard, mettent un coup d’arrêt à ce système vertueux : tandis que les aires métropolitaines continuent à prospérer et à concentrer les plus hautes rémunérations en ignorant la crise, les régions déjà désindustrialisées s’affaiblissent encore davantage et la dépense publique, désormais sous contrainte, ne peut plus jouer, autant qu’avant, le rôle d’amortisseur. Flandres, Catalogne, Lombardie, Bavière, et même Londres : à l’intérieur de chaque nation, les régions riches et tournées vers le monde rechignent désormais à payer pour les autres. C’est la résurgence des égoïsmes territoriaux, des régionalismes de toutes sortes, qui pourrait être le dernier acte de la fragilisation des nations démocratiques dans la mondialisation. »

« Vidées progressivement de leur substance démocratique, ainsi que de leur force de cohésion sociale et territoriale, les nations demeurent, mais elles sont de plus en plus affaiblies et polarisées. Les compromis hérités des Trente Glorieuses sont à bout de souffle et nous risquons de payer toutes les additions en même temps : mécontentement des citoyens vis-à-vis de la démocratie représentative accusée d’être impuissante face au libéralisme non démocratique et aux flux migratoires ; sécession sociale et morale des élites ; sécession territoriale des régions riches.

« Quel sera l’acte ultime de ce drame ? Des milliardaires de la Silicon Valley comme Peter Thiel sont persuadés que le libéralisme n’est plus compatible avec la démocratie nationale et que les riches se replieront sur des îles artificielles où ils pourront vivre entre semblables. Capitalisme et démocratie auront, alors, définitivement divorcé. Un divorce d’autant plus brutal que la colère des classes moyennes gronde. Sentant que la mondialisation libérale a dégradé les sociétés de prospérité et de plein-emploi construites par et pour elles durant les Trente Glorieuses, elles se jettent dans les bras de démagogues qui se prétendent les derniers défenseurs de la nation. Mais eux ne chérissent pas la nation comme une forme politique capable d’abriter démocratie, liberté individuelle, cohésion sociale et territoriale. Ils la voient comme un moyen d’exalter un peuple ethniquement homogène, de déclarer la guerre à tous ceux qui ne leur ressemblent pas, à commencer par les immigrés ou les minorités. C’est un terrible recul qui s’annonce pour les libertés publiques, l’État de droit – pour la démocratie en général. La nation survivra peut-être, mais sans la démocratie.

Sommes-nous condamnés à la voir sombrer sous les coups conjugués d’une mondialisation débridée et d’un nationalisme autoritaire revivifié ? Au pessimisme de la raison nous n’avons pas mieux à opposer que l’optimisme de la volonté. »

« Si nous voulons rééquilibrer capitalisme et démocratie, remettre l’économie en phase avec la justice sociale et environnementale, nous verrons pourquoi nous n’avons pas d’autre choix que de réhabiliter la nation. 

Un tel propos peut paraître contre-intuitif aux bonnes consciences humanistes, progressistes, sociales-démocrates, écologistes. Depuis longtemps, elles refusent de voir dans la nation autre chose qu’une idole dépassée dont le crépuscule est venu, quand elle n’est pas une idée méprisable. Think Globally, Act Locally, tel est leur mantra. Aux yeux de certains, la nation est même devenue un objet de détestation. »

Pourtant, la nation dont il est question ici n’a rien à voir avec celle des nationaux-populistes ni plus grand-chose à voir non plus avec celle des Trente Glorieuses, qui reposait sur un énorme impensé : une croissance économique productiviste et hypercarbonée. Ainsi, il ne nous faudra pas seulement la réhabiliter. Il faudra la réinventer, redéfinir le pacte national afin de le mettre tout entier au service de la Slow Démocratie, cette pratique sobre et apaisée de la conversation civique et de la décision publique, qui seule réconciliera les forces aujourd’hui déchaînées du capitalisme avec la promesse démocratique et la sobriété écologique.

Les historiens disent souvent que le « court XXe siècle » n’a commencé qu’en 1914, avec le cataclysme de la Première Guerre Mondiale. Peut-être diront-ils que le XXIe siècle n’a commencé qu’en 2008. Ou en 2016. Ce qui est certain, c’est qu’il a commencé. N’attendons plus. »

« Mais ces règles et ces institutions libérales sont de moins en moins compatibles avec le fonctionnement de la démocratie nationale. Friedrich Hayek, l’un des penseurs les plus influents du néolibéralisme, écrivait par exemple que le bon fonctionnement de l’économie de marché requiert que les gouvernements démocratiques soient limités, bornés, par des règles libérales qui doivent être les mêmes partout dans le monde. Il en a tiré le concept d’isonomie, c’est-à-dire la nécessité pour les différents États d’adopter les mêmes règles et les mêmes institutions libérales partout dans le monde pour ce qui touche aux échanges économiques : libre-échange, libre circulation des capitaux, fiscalité… » 

« Capitalisme et démocratie auront alors définitivement divorcé. Un divorce d’autant plus brutal que la colère des classes moyennes gronde. Sentant que la mondialisation libérale a dégradé les sociétés de prospérité et de plein emploi construites par et pour elles durant les Trente Glorieuses, elles se jettent dans les bras de démagogues qui se prétendent les derniers défenseurs de la nation. Mais eux ne chérissent pas la nation comme une forme politique capable d’abriter démocratie, liberté individuelle, cohésion sociale et territoriale. Ils la voient comme un moyen d’exalter un peuple ethniquement homogène, de déclarer la guerre à tous ceux qui ne leur ressemblent pas, à commencer par les immigrés ou les minorités. »

L’interview du Monde

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/12/30/david-djaiz-nous-devons-trouver-un-moyen-de-civiliser-a-nouveau-le-capitalisme_6024355_3232.html

Les interviews vidéo

Sa bio*

https://fr.wikipedia.org/wiki/David_Djaïz

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.