De grandes ambitions de Antoine Rault chez Albin Michel

Le roman à clés et un genre en soi. Mais un roman à grosses clés peut être parfois embarrassant, et puisque Antoine Rault s’est lancé dans l’écriture d’un livre foisonnant, le résumé pourrait en être « Qui trop embrasse mal étreint »…

Le résumé

Construit en trois parties, comme trois décennies – 1980, 1990, 2000 – sans pour autant qu’il y ait de chronologie historique précise, l’histoire avance, dans ce roman, par « glissements subjectifs dans le temps ». Ainsi, chaque scène est le récit d’un temps fort ressenti par le personnage qui en est l’acteur principal. Au fil du temps, les destins des huit protagonistes principaux se croisent et s’imbriquent étroitement. De l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte, tous, parviennent dans le domaine qui est le leur, à un haut niveau de pouvoir.

Clara, deviendra une chirurgienne en vue. Diane, une actrice reconnue. Jeanne, chef du Parti National, et Stéphane, son éminence grise. Marc fera fortune dans l’internet et la téléphonie. Sonia, la beurette, finira ministre d’État. Frédéric, rien de moins que président de la République. Quant à Thomas, sans doute le double du narrateur, il sera professeur et historien.

Le livre

Antoine Rault est un bon auteur, un bon écrivain sans aucun doute. Son style est souple et léger, sa gestion des intrigues et rebondissements est excellente et il sait trouver une matière de base dense et ancrée dans l’histoire. Cependant, les livres chorale (tout comme les films) sont d’une autre trempe.

Dans un cadre avec autant de personnages importants que De grandes ambitions, ne pas perdre le lecteur c’est donner de l’épaisseur à ceux qui conduisent l’histoire. Or, ici ils sont évoqués, silhouettés sans laisser le temps de s’y attacher ou tout simplement de s’y intéresser.

En fait, les personnages, de cette génération X à laquelle appartient l’auteur, apparaissent comme des ombres dans un roman dit à clés ou celles-ci sont plutôt comme des grilles de châteaux, lourdes et imposantes. Des années 80 à nos jours, on reconnaît aisément (sans jamais avoir à les nommer), la famille Lepen, Rachida Dati, Xavier Niel, Daniel Bouton (président de la Société Générale), Jérôme Kerviel, Emmanuel Macron et son épouse… Or, dans cette mosaïque de destins telle qu’est dessinée, c’est l’âme qui devrait compter et non seulement toujours les faits.

D’autant que l’auteur, situant son livre principalement dans la capitale, omet la vie et l’énergie qui émergent des banlieues et, fort justement, ont révélé leur lot de problématiques associées à leur délaissement et les fortes personnalités qui en sont issues avec brio et panache. Mais le survol s’arrête au périphérique, comme souvent dans nombre d’ouvrages « germano-pratins ».

Alors, oui la vie ne permet pas toujours aux ambitions de se développer telles qu’on les entendait, telles qu’on les attendait à un âge où l’avenir est un mot et un juste un mot. Antoine Rault nous en fait l’amère démonstration.

À lire avec plaisir, mais sans chercher de messages sur nos vies passées (et c’est bien dommage !)

😉 😉

Pour en savoir plus : https://www.albin-michel.fr/ouvrages/de-grandes-ambitions-9782226454096

L’interview

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.