En ces temps de développement de l’Intelligence Artificielle, Cyril Bonin s’approprie le mythe ancien « d’animer l’inanimé » pour proposer une réflexion stimulante sur les conséquences de cette possibilité.

Charles Brooks, riche banquier fantasque, meurt dans un accident de voiture. Ce n’était pas lui qui conduisait lors de l’accident mais Karl, un androïde « compagnon de vie ». Un procès s’ouvre à la demande de la compagnie d’assurance afin de savoir si la responsabilité incombe à Karl ou à la société qui l’a conçu. Magda Brooks n’avait pas vu son père depuis près de dix ans, et elle hérite de sa vaste demeure. Magda, qui préfère les relations humaines aux technologies, va cependant rallumer Karl. Ce qui ressemble à une relation s’établit.
Pure fiction ou réalité envisageable
Cette BD parait à un moment où l’attrait pour les IA générationnelles semble bien établi et où des questions sur les agents conversationnels peuvent provoquer interrogations, intérêt ou questions, voire simultanément les trois.
Le choix d’un environnement graphique qui ne soit pas en rupture avec notre époque crée une proximité avec les acteurs et situations qui les rendent plausibles. A partir de ce point de départ, un glissement dans la narration se produit vers des questions telles que la question de responsabilité d’un robot ou bien du degré de conscience et de sensibilité que pourrait acquérir une machine.
L’auteur se garde bien d’apporter des réponses définitives aux questions soulevées, mais invite plutôt le lecteur curieux à élargir l’horizon de sa réflexion.
Un mythe vieux comme l’humanité ?

Est-il possible pour l’homme de créer une machine à son image, consciente d’elle-même et de son environnement ? Une telle machine serait-elle capable d’empathie, capable d’initiatives non programmées ? Ces questions inspirent et ont inspiré beaucoup d’artistes, comme récemment la série Real Humans ou bien le roman Klara et le soleil de Kazuo Ishigumo.
Chaque fois, c’est le mythe qui vise à « animer l’inanimé » qui est repris et actualisé selon le contexte de l’époque. En remontant dans le temps, on peut aussi noter, de façon non exhaustive Les lois de la robotique d’Isaac Asimov, le Frankenstein de Mary Shelley, le Golem de la tradition juive ou bien encore les figures de Prométhée ou du géant Talos dans la mythologie grecque.
Dans la BD Karl, Cyril Bonin questionne ce mythe à sa manière, avec sensibilité et une certain ingénuité, et en creux amène le lecteur à se demander ce qui finalement le différencie d’une machine et en quoi il peut lui être supérieur.
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