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La traque de La 3e Kamera

Mai 1945 dans un Berlin livré à lui‑même, au moment où la Seconde Guerre mondiale s’achève mais où les derniers soubresauts du conflit persistent dans les ruines. La ville est partagée entre les troupes alliées, les forces soviétiques et des groupes de résistants fanatiques aux ordres de nazis défaits, appelés Werwolf, qui poursuivent une guérilla sourde dans les décombres.

Au cœur de ce contexte fracturé se trouve un appareil photographique clandestin, surnommé la « 3e kamera », utilisé par des opérateurs de propagande allemands pour prendre des clichés hors de tout contrôle officiel.

Les soldats du Counter Intelligence Corps américains, chargés de dénicher les derniers nazis fugitifs, intensifient leur traque non seulement contre ces adeptes de la guérilla urbaine mais aussi pour mettre la main sur les images prises avec ces appareils illégaux. Ces photographies pourraient fournir des preuves décisives des crimes de guerre du régime, dévoilant membres de la SS et scènes que la propagande cherchait à dissimuler. La chasse à la 3e kamera devient une course contre la montre, mêlant poursuites, embuscades dans les zones encore sous influence des Werwolf, espionnage et questionnements profonds sur la responsabilité collective et l’usage des images en temps de guerre.

Glénat

Le scénario de Cédric Apikian articule fiction et faits historiques en s’appuyant sur le contexte de ces unités photographiques intégrées à la machine nazie. Autour de la traque de ces appareils photos, l’auteur explore la quête de preuves pour les procès à venir, les zones d’ombre de la propagande officielle, et la complexité des motivations individuelles dans un monde en ruines. Le récit se déploie comme un polar historique où se mêlent personnages multiples, tensions politiques et zones grises humaines.

Le dessin de Denis Rodier, ancré dans un réalisme minutieux, renforce l’atmosphère lourde et oppressante de la fin du conflit. Les panoramas de rues fissurées, de bâtiments éventrés et de silhouettes fatiguées plongent le lecteur au cœur d’un Berlin désolé et incertain. Les couleurs, souvent poussiéreuses et sombres, accentuent cette impression d’une ville éteinte, tandis que les scènes plus intimes ou dramatiques, rendues au trait détaillé, offrent des moments de concentration narrative intense. Le graphisme, précis et immersif, donne une épaisseur visuelle aux tensions et à la rudesse du contexte historique.

La 3e Kamera est une bande dessinée historique ambitieuse qui met en lumière un pan méconnu de la fin de la Seconde Guerre mondiale. En prenant pour pivot narratif un objet, l’appareil clandestin, les auteurs réussissent à structurer une enquête pleine de tension, d’éthique et de relectures de l’Histoire. L’intégration des Werwolf enrichit la palette dramatique, rendant la lecture encore plus immersive et complexe. La densité du propos peut parfois rendre l’œuvre exigeante à suivre, légèrement confuse dans le déroulé, mais le réalisme du traitement visuel confère à l’ensemble une puissante force évocatrice. Une œuvre captivante pour les amateurs d’histoire, de récits d’espionnage et de réflexions sur le pouvoir et les dangers des images.

Benoît Barennes

Glénat – 978234405431 – 24€ – Scénariste : Cédric Apikian – Dessinateur : Denis Rodier  

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