Le prix de la démocratie : nous vole t-on nos libertés?

La démocratie a un prix certes , mais par qui est-il payé ? La tendance actuelle serait de faire régler la note par des philanthropes éclairés (!) plutôt que par l’état (nous !). La privatisation de nos libertés serait-elle en marche ?

Le pitch

Une personne, une voix  : la démocratie repose sur une promesse d’égalité qui trop souvent vient se fracasser sur le mur de l’argent. Financement des campagnes, dons aux partis politiques, prise de contrôle des médias  : depuis des décennies, le jeu démocratique est de plus en plus capturé par les intérêts privés.

Se fondant sur une étude inédite des financements politiques privés et publics dans une dizaine de pays sur plus de cinquante ans, Julia Cagé passe au scalpel l’état de la démocratie, décortique les modèles nationaux, et fait le récit des tentatives –  souvent infructueuses, mais toujours instructives  – de régulation des relations entre argent et politique.

Aux États-Unis, où toute la régulation de la démocratie a été balayée par idéologie, le personnel politique ne répond plus qu’aux préférences des plus favorisés. En France, l’État a mis en place un système de réductions fiscales permettant aux plus riches de se voir rembourser la plus grande partie de leurs dons aux partis politiques, alors que les plus pauvres, eux, paient plein pot.

Ces dérives ne viennent pas d’un complot savamment orchestré mais de notre manque collectif d’implication. La question du financement de la démocratie n’a jamais véritablement été posée  ; celle de la représentation des classes populaires doit l’être sur un mode plus radical. Pour sortir de l’impasse, voici des propositions qui révolutionnent la façon de penser la politique, des réformes innovantes pour une démocratie retrouvée.
 

Le livre, les idées

Troublant chiffre : 10 % des Français aux revenus les plus élevés représentent plus de 53 % du total des dons versés aux partis politiques en France, soit beaucoup plus que leur part du total des revenus (33 %), mais seulement 35 % des dons à des organismes d’aide aux personnes en difficulté.

En fait, les « riches » français aident à faire triompher leurs idées en finançant le partis de leurs choix. Mais, comme le signale Julia Cagé, moins d’argent public peut amener au populisme (voir l’Italie) ou à un populisme de riches (voir les USA avec Trump).

Les pauvres payent pour les riches puisque les dons peuvent s’élever à 6.000€ déductibles à hauteur de 4.000€, donc le coût est de 2.000€ pour une personne aisée (33% de son don), alors qu’un smicard donnant 600€ (!) au parti de son choix, verrait le coût de son don s’élever pour lui à 600€ (100% de son don).

Refuser un financement de notre système politique par l’état confronté à l’idée que les campagnes les plus coûteuses semblent les plus efficaces, amène donc à une confiscation de notre démocratie par le pouvoir économique.

Cette idée, développée par ce livre est à rapprocher de la très intéressante cartographie des propriétaires des médias français réalisée par le Monde Diplomatique : https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/PPA

L’interview de l’auteur

et son article dans l’excellentissime site The Conversation : https://theconversation.com/debat-vous-avez-dit-philanthropie-face-a-la-privatisation-de-la-democratie-il-est-urgent-douvrir-les-yeux-103750?utm_medium=email&utm_campaign=La%20lettre%20du%20DIMANCHE%20de%20The%20Conversation%20France%20-%201123810057&utm_content=La%20lettre%20du%20DIMANCHE%20de%20The%20Conversation%20France%20-%201123810057+CID_af2307c5b8d88894b75ca1dd9357ceef&utm_source=campaign_monitor_fr&utm_term=Dbat%20%20Vous%20avez%20dit%20philanthropie%20%20Face%20%20la%20privatisation%20de%20la%20dmocratie%20il%20est%20urgent%20douvrir%20les%20yeux

Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure et de l’Université Harvard, Julia Cagé est professeure d’économie à Sciences Po Paris. Elle a publié Sauver les médias. Capitalisme, financement participatif et démocratie (Le Seuil, 2015).

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