« Le triomphe de l’amour » sans amour !

Denis Podalydès met en scène Le Triomphe de l’amour. Son parti pris campagnard et simplifié aurait du révéler ce que l’amour entraine chez les êtres humains. Mais où est vraiment l’amour dans cette mise en scène ?

Le Pitch

Une jeune princesse, Léonide, imagine de s’introduire, sous un habit masculin et le nom de Phocion, dans la demeure où le vieux philosophe Hermocrate vit avec sa sœur et le jeune rejeton d’un trône usurpé, et de se faire aimer à la fois comme homme, par Léontine, la sœur du philosophe, une sage et discrète célibataire de longue date et résignée à son sort ; et comme femme, par le vieux philosophe lui-même, ainsi que par le jeune Agis.

Phocion dit à Léontine qu’il a été tellement charmé d’elle en la voyant se promener dans le bois, qu’il a fait son portrait. Lorsqu’il lui montre ce portrait, elle n’en croit rien d’abord. Ensuite elle est étonnée, flattée, puis finalement charmée au point d’en perdre la raison.

La conquête du frère est plus difficile : la princesse lui confie qu’elle s’est déguisée en homme pour s’approcher de lui, parce qu’il ne l’aurait pas reçue sous les habits de son sexe, qu’elle l’a aimé sur sa réputation d’abord, et ensuite sur sa vue. Au moment où il se trouble, Arlequin apporte, comme pièce de conviction contre l’intrus, qu’il n’aime pas, un portrait du philosophe, qu’il a découvert chez Phocion. Le philosophe n’y tient plus et consent à poser pour quelques retouches à faire.

Le « triomphe de l’amour » réside dans la réussite complète des plans de Léonide : Léontine et Hermocrate ont beau résister avec héroïsme jusqu’à la fin, tous deux finissent peu à peu par se laisser envahir par l’amour. Léontine consentira à se laisser enlever pour se marier à la ville voisine tandis qu’Hermocrate acceptera, pour le même motif, de quitter son ermitage. Décidés, chacun de leur côté, à se marier clandestinement, le frère et la sœur, se rencontrent pour prendre congé l’un de l’autre…

La pièce

De prime abord, tout est trouble. Le rythme des propos, la faiblesse de la voix, la complexité (relative) de la situation exposée créent chez le spectateur un début de désarroi évident. On ne comprend pas tout, mais vite rétabli, on suit les pérégrinations d’une femme prête à tout pour faire triompher soit disant l’amour (et le bon droit).

Marivaux a installé chez Léonide une mentalité de tueuse froide et sans âme. Tout pour arriver à ses fins est son credo tout au long de la pièce et l’on a presque l’impression que la mécanique de la réussite intéresse plus la Diane chasseresse que son aboutissement. « C’est le chemin qui compte, petit scarabée ! »

Les valets sauvent la pièce. Truculents, vivants, rigolards et roublards et empressés auprès des travestis androgynes, Dominique Parent et Jean-Noël Brouté offrent à leurs scènes une précieuse vie qui manque cruellement dans le spectacle.

Les décors sont intéressants et la mise en scène accessible sans artifice. Mais est-ce la pièce ou bien le parti-pris neutre sur les sexes représentés, on ne sent aucunement l’amour du titre et encore moins son triomphe. Tromperie, inutile cruauté, et séduction froide sont les fondements d’une pièce somme toute peu passionnante.

😉

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