Soif de Amélie Nothomb : Jésus est homme…

La fin de Jésus est proche, et il se révèle chair tout autant qu’esprit. C’est le sens de Soif d’Amélie Nothomb, paru chez Albin Michel. Une gageure et une véritable réussite !

Le résumé

« Pour éprouver la soif, il faut être vivant. » Amélie Nothomb « On n’apprend des vérités si fortes qu’en ayant soif, qu’en éprouvant l’amour et en mourant : trois activités qui nécessitent un corps. » Avec sa plume inimitable, Amélie Nothomb donne voix et corps à Jésus Christ, quelques heures avant la crucifixion. Elle nous fait rencontrer un Christ ô combien humain et incarné, qui monte avec résignation au sommet du Golgotha. Aucun défi littéraire n’arrête l’imagination puissante et fulgurante d’Amélie Nothomb, qui livre ici un de ses textes les plus intimes. 

Le livre

Que pense le Christ lors de son procès ? Quels sont ses cheminements intellectuels lors de sa propre Passion ?  Puis au moment de sa mort et enfin de sa résurrection ?  À hauteur d’homme si l’on peut dire, Nothomb nous entraîne dans la tête d’un humain d’essence divine et qui le reconnaît tout en apprivoisant sa condition.

Un drôle de  livre donc qui, sous des aspects bien évidemment séduisant est également certainement dérangeants pour certains croyants et lecteurs de textes dits sacrés.

Jésus y décrit son amour pour Marie Madeleine, détaille sa soif qui le rend tellement proche des hommes et des femmes qu’il côtoie, raconte ses relations avec sa mère et son père (physiologique et divin).

On se questionne avec Jésus, on suit son parcours physique et mental le temps d’une introspection qui devient également celle du lecteur. Et la foi surgit, avec ses doutes, ses atermoiements, ses propres renoncements. Le livre est particulièrement puissant dans toute la première partie même s’il paraît manquer de force sur la durée. 

Néanmoins Soif d’Amélie Nothomb pressenti pour le Goncourt, méritait largement cette nomination potentielle (même si le livre de Jean-Paul Dubois Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon http://mictolblog.com/?p=7229  a largement mérité son prix).

 😉 😉 😉 

Bande annonce

Interview France Inter

Extraits

« J’ai toujours su que l’on me condamnerait à mort. L’avantage de cette certitude, c’est que je peux accorder mon attention à ce qui le mérite : les détails.

Je pensais que mon procès serait une parodie de justice. Il l’a été en effet, mais pas comme je l’avais cru. À la place de la formalité vite expédiée que j’avais imaginée, j’ai eu droit au grand jeu. Le procureur n’a rien laissé au hasard.

Les témoins à charge ont défilé les uns après les autres. Je n’en ai pas cru mes yeux quand j’ai vu arriver les mariés de Cana, mes premiers miraculés.

Cet homme a le pouvoir de changer l’eau en vin, a déclaré l’époux avec sérieux. Néanmoins, il a attendu la fin des noces pour exercer son don. Il a pris plaisir à notre angoisse et à notre humiliation, alors qu’il aurait pu si facilement nous éviter l’une et l’autre. À cause de lui, on a servi le meilleur vin après le moyen. Nous avons été la risée du village.

J’ai regardé calmement mon accusateur dans les yeux. Il a soutenu mon regard, sûr de son bon droit.

L’officier royal est venu décrire la mauvaise volonté avec laquelle j’avais « J’ai toujours su que l’on me condamnerait à mort. L’avantage de cette certitude, c’est que je peux accorder mon attention à ce qui le mérite : les détails. »

 « Quand je m’allonge pour dormir, ce simple abandon me procure un plaisir si grand que je dois m’empêcher de gémir. Manger le plus humble brouet, boire de l’eau m’arracherait des soupirs de volupté si je n’y mettais pas bon ordre. »

« J’ai la conviction infalsifiable d’être le plus incarné des humains. »

«  Mourir, c’est faire acte de présence par excellence. »

Sur Judas : « Il aurait découragé n’importe qui, il m’a découragé plus d’une fois. L’aimer relevait de la gageure et je ne l’en aimais que plus. »

Une manière de parler de la foi

Sur son père : « Cette crucifixion est une bévue. Le projet de mon père consistait à montrer jusqu’où on pouvait aller par amour. (…) Pourquoi fais-tu cela ? Je te critique. Ai-je dit que je ne t’aimais pas ? Je t’en veux, je suis fâché contre toi. L’amour autorise de tels sentiments. Que sais-tu de l’amour ? C’est bien là le problème. Tu ne connais pas l’amour. L’amour est une histoire, il faut un corps pour la raconter. »

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