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Une belle expo, un bel endroit : Adya & Otto van Rees au Musée de Montmartre 

Au cœur des avant-gardes le couple Van Rees avait avec pour devise « Ars longa, vita brevis ». Découvrez leurs œuvres dans un musée à taille humaine.

Tout commence aux Pays-Bas, où se rencontrent Otto van Rees (1884-1957) et Adya van Rees-Dutilh (1876-1959). Née dans une famille bourgeoise, Adya a étudié à l’académie Blanc-Garin de Bruxelles, l’une des rares institutions artistiques ouvertes aux femmes à l’époque.

Uni par l’amour et par une conviction commune, le couple se retrouve à Paris où, par l’entremise de Picasso rencontré au café Le Lapin Agile, Otto obtient un atelier au Bateau-Lavoir à l’automne 1904. Paris, Montmartre, la Butte en ébullition : le décor est planté.

Tous deux intègrent dès leur arrivée à Paris un milieu artistique dense : Braque, Van Dongen, Mondrian et Picasso. Ils voisinent avec les écrivains Apollinaire, Max Jacob et Blaise Cendrars. Ce bain intellectuel et esthétique est décisif. On imagine ces soirées au Bateau-Lavoir où se forge, dans les discussions et les disputes, ce que l’on appellera plus tard la modernité. Que les van Rees aient côtoyé à la fois Picasso et Tzara, Mondrian et Torres García, dit assez l’étendue de leur réseau — et de leur curiosité.

Mais leur existence ne se laisse pas fixer longtemps en un seul lieu. La Grande Guerre va les disperser et, paradoxalement, les propulser au cœur de l’histoire. Adya se réfugie en Suisse avec leurs enfants dès 1914 ; après sa démobilisation, Otto la rejoint en 1915. Zurich devient alors leur scène. Après-guerre, la famille s’installe entre Ascona et les Pays-Bas, avant de revenir graviter autour de Paris à la fin des années 1920.

Leur quotidien intime vient s’entrelacer, nourrir et habiter leur travail créatif, comme la naissance de leurs trois enfants ou la tragédie familiale (la perte de leur fille ainée) qui les éprouve. Une vie d’artistes, dans tous les sens du terme.

En 1928, Adya revient à Paris, où elle se lie avec Michel Seuphor et Joaquín Torres García, et contribue au groupe Cercle et Carré. Otto, de son côté, participe à la fondation de ce même groupe, véritable laboratoire de l’abstraction géométrique européenne. Deux Néerlandais partis de rien, devenus des acteurs discrets mais réels de chacun des grands moments de l’avant-garde du siècle.

Les premières toiles passent du divisionnisme au cloisonnisme — qu’Adya qualifie de « peinture plate » —, avant d’aborder les premiers élans vers l’abstraction. Un voyage en Italie en 1905-1906 laisse sa lumière sur figures et paysages. Otto, peintre autodidacte au talent instinctif, s’empare du cubisme et ses toiles oscillent entre figuration et abstraction, entre représentations fidèles de la réalité et compositions géométriques ou dynamiques.
Quant à Adya, elle, franchit un pas que peu d’artistes de l’époque osent : elle fait entrer la broderie dans le champ de l’art moderne, et intègre les principes de l’abstraction dans un médium traditionnellement relégué au rang d’artisanat féminin. Adya van Rees accomplit quelque chose de proprement subversif — et de visionnaire.

L’exposition dans ce si bel écrin du Musée de Montmartre rend à ce couple original et passionné, un siècle plus tard, la place qui lui revient.

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