
Il arrive rarement qu’un film de science-fiction parvienne à transcender son genre pour toucher à quelque chose d’universel. Projet Dernière Chance (Hail Mary), adapté du roman d’Andy Weir, est de ceux-là : un blockbuster qui parie sur l’émotion, l’humour et l’intelligence plutôt que sur la destruction spectaculaire. Le soft power a bien changé !
Seul(s) aux confins de l’univers

Ryland Grace, professeur de sciences au collège, se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial à des années-lumière de la Terre, sans le moindre souvenir de son identité ni de sa mission. Peu à peu, au fil de flashbacks, la mémoire lui revient : une substance extraterrestre mystérieuse menace d’absorber l’énergie du Soleil, condamnant toute vie sur Terre. Envoyé vers l’étoile Tau Ceti pour trouver une solution, il va croiser dans l’immensité du cosmos une présence aussi inattendue qu’indispensable.
Un héros ! Moi ?
C’est là l’une des grandes forces du film : Ryland Grace n’a ni demandé ni désiré ce destin, bien au contraire. Ryan Gosling compose un personnage délibérément antihéroïque, maladroit, vulnérable, dépassé par les événements et cette faille le rend irrésistible. Sauver l’humanité n’est pas ici une vocation : c’est une contrainte à laquelle un homme ordinaire finit, courageusement (enfin il n’a pas vraiment le choix ;-), par consentir. Ce glissement progressif, du refus à l’acceptation, constitue la colonne vertébrale émotionnelle du film en plus du risque concernant l’univers entier (même si l’on n’y croit pas trop).
De la peur évidente au respect incontournable

La rencontre avec l’extraterrestre – que Grace baptise Rocky – est d’abord déstabilisante. Deux êtres séparés par la biologie, l’atmosphère, la physionomie, doivent apprendre à se « lire » avant même de pouvoir se parler. De la méfiance instinctive naît la curiosité, puis une forme de reconnaissance mutuelle. Ces 2 deux intelligences aux origines radicalement opposées découvrent qu’elles partagent les mêmes valeurs de rigueur, volonté de survivre, désir de protéger les leurs. La peur cède la place au respect, et ce chemin-là, le film le parcourt avec une patience et une justesse que l’on doit souligner dans un cinéma actuel qui accélère tout.
L’amitié étonnante entre deux mondes, deux civilisations, deux cultures (une leçon non ?)
C’est le cœur battant du film. La relation qui se construit entre un humain et un être minéral sans visage, sans langue commune, sans même un air respirable partagé, atteint une sincérité désarmante. Drôle, émouvante, parfois déchirante, cette amitié interespèces fonctionne parce qu’elle repose sur quelque chose de simple et d’universel : la générosité de ceux qui agissent parce qu’il le faut. Une métaphore lumineuse sur l’altérité (respectée donc dans l’espace mais moins sur terre).
Et ouf : une science-fiction résolument humaniste

Dans un paysage cinématographique volontiers sombre et apocalyptique ou post apocalyptique), Projet Dernière Chance fait le pari de l’optimisme, celui d’êtres qui choisissent la coopération plutôt que le conflit. Le film rappelle avec une douceur têtue que face à l’immensité terrifiante de l’univers, notre plus grande force reste notre capacité à nous reconnaître dans l’autre, fût-il fait de roche et de silence. Un message universel, porté avec grâce.
Et dire que tout ça vient d’Hollywood. Décidément, le soft power américain n’a jamais été aussi… soft.




