LIVRE

Chroniques d’une station-service

Premier roman (2019) d’Alexandre Labruffe paru chez Verticales (Gallimard), ce court opus est à lire et à méditer.

L’histoire

«Je me dis que si la station-service explosait par accident, si je mourais sur mon lieu de travail et qu’un archéologue découvrait, dans cent ans, sur les ruines de son chantier, les morceaux de mon squelette d’athlète, mon crâne atypique, ma gourmette en or, à moitié calcinée, agrégée de pétrole et d’acier, il me déclarerait trésor national et je serais exposé au musée des Arts premiers.» Pour tromper l’ennui de son héros pompiste, Alexandre Labruffe multiplie les intrigues minimalistes, les fausses pistes accidentelles et les quiproquos érotiques. Comme s’il lui fallait sonder l’épicentre de la banalité contemporaine – un commerce en panne de sens, sinon d’essence – avant d’en extraire les matières premières d’une imagination déjantée.

Le livre

Beauvoire, le héros-narrateur, est pompiste à Pantin. Mais un pompiste philosophe en tout cas observateur de son époque et de lui-même !

Par le biais de de références multiples (Baudrillard, Fitzgerald, San Antonio, les zombies, le cinéma japonais, le bondage…), il raconte un quotidien loin d’être banal. Et l’on se doute bien que cette notion de banalité en l’occurrence dépend plus de son regard personnel sur le monde que dans sa propre condition.

C’est là où Chroniques d’une station-service nous cueille dans son acceptation en creux de notre banalité contemporaine. Avec humour et détachement certes, mais avec une acuité que l’on a aucun mal à ressentir dans ce court roman (ou bien devrait-on dire étude) sur une condition humaine belle mais parfois bête à en mourir.

On y ressent un lien de cousinage avec Jean Echenoz (à prendre en compliment).

Citations

“Tout le monde demande le plein. Mais personne n’a jamais demandé le vide.”

“Parfois, je regrette l’époque dorée du super et je me dis que le sans-plomb est à l’essence ce que le préservatif est au sexe, l’aspartame au sucre : un pis-aller, le symbole de nos sociétés castrées, d’un avenir sans microbes.”

“Je pense à la cocazéroïsation de l’humanité.”

La note de l'auteur

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