LIVRE

La frontière, fin de trilogie et début d’une réflexion ?

La Frontière, le nouvel opus paru de Don Winslow est le dernier volet de de la trilogie qui regroupe également La Griffe du chien et Le Cartel. En retraçant un demi-siècle de lutte contre la drogue aux Etats-Unis et au Mexique, ces 3 livres en 15 ans offrent au polar journalistique ses nouvelles lettres de noblesse.

Le résumé

Art Keller, ancien agent de la DEA, est recruté par le sénateur républicain O’Brien pour participer à une opération officieuse au Guatemala : aider le cartel de Sinaloa, dont la mainmise sur le Mexique assure un semblant de stabilité à la région, à se débarrasser d’une organisation rivale sanguinaire, Los Zetas. La rencontre organisée entre les dirigeants des deux cartels tourne au bain de sang : les trafiquants s’entretuent et le parrain de Sinaloa disparaît. Keller retourne alors au Mexique, où il retrouve la femme qu’il aime, Marisol. Maire d’une petite ville, celle-ci résiste vaillamment aux cartels, malgré la tentative d’assassinat qui l’a laissée infirme quelques années plus tôt. Quand O’Brien propose à Keller de prendre la tête de la DEA, il y voit l’occasion de lutter contre les organisations qui sèment la mort en Amérique. Il accepte.

Le livre

D’aucuns parlent de Shakespeare par son souffle tragique, ses hécatombes et ses trahisons, cette comparaison est idéale pour Winslow si l’on s’en réfère à l’analyse des comportements humains qu’elle déploie. D’autant qu’il poursuit les travers des petits comme des puissants.

En effet, Winslow est un actif détracteur du président des Etats-Unis, « son pays a voté pour un raciste, un fasciste, un gangster, un être narcissique qui se ­pavane et fanfaronne. Un homme qui se vante d’agresser les femmes, qui se moque d’un handicapé, qui copine avec des dictateurs. Un menteur invétéré ». 

En 2017, Winslow a d’ailleurs publié une annonce d’une page complète dans le New York Times, sous la forme d’un Tweet adressé à Trump, pour dénoncer le chaos et la misère causés par sa politique antidrogue (« une catastrophe ») et, en février de cette année, il a proposé de débattre avec lui sur Fox News à ce propos. L’écrivain Stephen King a aussitôt réagi en disant qu’il « paierait 10 000 dollars pour voir ça ! ».

Au cœur des ténèbres pourrait être le titre de la trilogie et/ou de ce nouveau roman. Art Keller, désormais patron de la DEA se retourne sur son passé et comprend alors les erreurs qu’il a pu commettre dans sa lutte sans fin contre la drogue. Le démantèlement des cartels, les alliances tactiques, la vaine stratégie de lutte contre un fléau pour lesquels 2 protagonistes (producteurs-trafiquants et consommateurs) se battent pour le maintien contre un, qui fait en partie semblant (hypothèse de l’auteur), de le combattre, composent l’essence même du propos de Winslow.

« Si vous demandez à un Américain lambda quelle est la guerre la plus longue menée par son pays, il répondra probablement le Vietnam, avant de se reprendre aussitôt pour citer l’Afghanistan, mais la bonne réponse est : la guerre contre la drogue. Cinquante ans déjà, et ça ­continue. Pour un coût dépassant les mille milliards. » 

« Au cours des cinq années de guerre entre les cartels de Sinaloa et de Juarez, plus de trois cent mille habitants de Juarez ont fui, laissant derrière eux une ­population d’environ un million et demi de personnes. Dont un tiers (…) souffre de stress post-traumatique. » … la messe est dite et bien au- delà, car la fiction du roman n’est en fait que la matérialisation du véritable travail journalistique de l’écrivain sur une réalité dérangeante : « les trois quarts de la drogue arrivent dans des semi-remorques qui franchissent ­légalement la frontière à San Diego, Laredo ou El Paso, les points de passages commerciaux les plus fréquentés au monde » et « Il ne peut y avoir de véritable mur, de même qu’à l’intérieur de l’âme humaine, aucun mur ne sépare les meilleurs penchants et les pires. »

Fresque tentaculaire, La frontière narre une guerre aussi absurde que meurtrière. « Nous sommes condamnés à interpréter la même danse de mort, répétitive et tragique », martèle Winslow. Plus 100 000 morts pour les seules dix dernières années, attestent de état des lieux.

« Pour livrer ce combat, nous avons dépensé plus de mille milliards de dollars et nous avons envoyé derrière les barreaux des millions de gens, principalement des Noirs, des Hispaniques et des pauvres. La plus importante population carcérale au monde, dénonce-t-il. Nous avons ­militarisé nos forces de police. La guerre contre la drogue est devenue une machine économique autonome. »

« L’argent de la drogue ­représente entre 7 % et 12 % du PIB du pays. Mais une grosse partie revient aux Etats-Unis, dans l’immobilier et d’autres placements. Dans les banques, puis dans les commerces légaux. C’est le secret honteux de la guerre contre la drogue : chaque fois qu’un camé se plante une aiguille dans le bras, tout le monde gagne de l’argent ». 

Un thriller captivant, sur une guerre impitoyable, lourde de crimes et d’exécutions, de corruption et de mensonges, et heureusement aussi d’amour, de bravoure et d’indéfectible loyauté.

Mais ce livre est surtout un réquisitoire contre la façon de faire la guerre au trafic de drogue, et sur l’hypocrisie de la finance qui profite de l’argent des narcotrafiquants, de la vente d’armes et de matériel de répression ainsi que du système de détention privé…
Bien triste dimension du monde, mais ô combien réelle !

😉 😉 😉 😉

Une analyse du livre

Une interview de Don Winslow

Le livre à la FNAC

…mais commandez-le plutôt chez votre libraire, il a bien besoin de votre soutien : https://livre.fnac.com/a13671309/Don-Winslow-La-frontiere

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