LIVRE

Alaska de Fabrice Caro vaut-il le détour ?

Nous y voilà : nouvel opus de Fab caro après Fort Alamo (oubliable) et la BD-livre les cinq ami-e-s… tout cela dans une seule année. Bravo à l’auteur même si le lecteur n’éprouve forcément pas le même plaisir à chacune des lectures.

En ce qui concerne cet Alaska, une bonne surprise : l’évolution de l’écrivain qu’est Fabrice Caro est notable. Bien évidemment, il est toujours aussi drôle, insaisissable et souvent cynique, mais il y ajoute désormais une profondeur, un recul qualifiable de Djianesque (pour eux qui suivent la carrière tout aussi prolifique de Philippe Djian)… et cela est mémorable.

Sans être le livre de l’année, ce bouquin de 240 pages chez Gallimard mérite franchement qu’on s’y attarde, ne serait-ce que pour rire !

Et pour les impatients la dernière de couverture et un extrait pour vous faire une idée.

Écrivain quinqua, Émilien Borie sort d’une passe difficile : le départ de sa femme, un accident de moto humiliant et trois mois de rééducation entouré d’octogénaires en survêtement. Un critique littéraire le qualifie maintenant de « petit poussif » à la radio et les réseaux sociaux salissent sa réputation. Pire encore : ses filles lui offrent un vélo d’appartement pour son anniversaire. Sa vie semble lui échapper. Dépossession de soi, petites hontes du quotidien, solitude diffuse… L’épuisement psychique qu’éprouve le personnage est aussi celui d’une certaine modernité, mais Fabrice Caro a cette extraordinaire capacité à faire surgir le rire de chaque situation.

« Je me suis rappelé l’anecdote de Nadia, une amie de Cécile. Un soir, après avoir un peu forcé sur le vin, elle nous avait raconté qu’un de ses anciens petits amis, pour son anniversaire, lui avait offert une photo de son sexe, sous verre, dans un petit cadre. Elle avait trouvé le geste déplacé mais l’avait poliment accepté pour ne pas le vexer. Ils avaient rompu peu de temps après, elle avait jeté la photo et conservé le cadre. Elle se disait qu’elle pourrait la réutiliser. Mais chaque fois qu’elle essayait d’y glisser une photo, l’image du pénis de son ex lui apparaissait en surimpression. Elle avait tenté un cliché de vacances en famille à Madrid qu’elle adorait, elle avec ses parents et ses deux frères sur la Puerta del Sol, mais rien à faire, le sexe trônait au milieu de la place madrilène comme une statue commémorative. Elle avait dit Le cadre gardait la trace, tu sais, comme ces taboulés en boîte que tu achètes au supermarché… Tu veux récupérer la boîte en guise de tupperware, mais quoi que tu mettes dedans, il y a toujours un arrière-goût de taboulé. À ce stade, je commençais à avoir un peu bu, j’avais plus ou moins perdu le fil et je n’avais pas fait tout de suite le lien entre le sexe de son copain et le goût de taboulé, j’avais essayé de raccrocher les wagons, alignant mentalement les images les plus improbables. «

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