Matisse, serait-il un peintre du bonheur de vivre tourmenté ? À lire dans une superbe BD aux éditions Les Arènes
L’angoisse de ne plus créer
Matisse, natif du Nord, s’était installé à Nice à la recherche de la lumière qu’il s’est attaché à restituer dans ses peintures. En 1930, lui et sa femme traversent une crise. Lui est confronté au manque d’inspiration, dans la crainte de se répéter et de ne plus inventer. Amélie, sa femme, est épuisée, elle qui s’est consacrée à lui pour « l’aider depuis le premier jour à trouver la solution à son « problème pictural » : ma mission sur terre ».
Il part alors seul pour un voyage qui l’emmènera aux Etats-Unis, à New-York, puis à Tahiti. C’est l’occasion d’un nouveau départ.
Le paradoxe du peintre du Bonheur de vivre

Pour répondre à la demande d’un riche américain de réaliser une fresque monumentale pour sa villa, un projet de représentation de danse germe dans sa tête. Plutôt que de travailler directement la peinture, il esquisse des formes en découpant du papier gouaché, forme d’expression qu’il reprendra à la fin de sa vie dans un souci de simplification pour aller à l’essentiel. Il s’en servira notamment pour ses nus bleus et aussi pour des formes végétales colorées.
On touche là au paradoxe de beaucoup d’artistes qui, dans une forme de souffrance liée au doute, arrivent à renouveler leur production et à lui donner à une forme d’évidence et de simplicité.
Les femmes : muses et piliers

Amélie, sa femme, Marguerite sa fille adoptive, ainsi que d’autres modèles, auront constitué tout au long de la vie de l’artiste, à la fois des sources d’inspiration ainsi qu’un support dans son travail de création, tâche ardue vis-à-vis d’un homme hanté par l’angoisse créatrice, prêt à tout pour atteindre l’absolu, et un brin tyrannique.
Les années 30 auront été celles de la rencontre avec Lydia Dlelectorskaya qui d’abord l’a assisté pour ses collages puis est devenu son modèle et lui a redonné le gout et l’inspiration pour la peinture de chevalet. Une complicité forte s’établira entre eux.
Julie Birmant et Jörg Mailliet
Leur BD réalisée en partenariat avec le Centre Pompidou, en parallèle de l’exposition dédiée à Matisse, nous fait partager une petite dizaine d’année de la vie de Matisse. Quelques flashbacks permettent de faire comprendre le rebond dans sa carrière.
https://www.arte.tv/fr/videos/132297-000-A/matisse-le-retour-a-la-vie
Le dessin de Jörg Mailliet ne cherche pas à singer le style de Matisse. Il essaye par contre, avec une certaine réussite, à exprimer les doutes et l’excitation créatrice du peintre. En ne montrant que très peu les œuvres de Matisse, cette BD réussit à donner au lecteur l’envie de se replonger dans l’œuvre du peintre et d’aller au Grand Palais l’exposition qui lui est dédiée, si on n’est pas rebuté par l’affluence.
https://www.tvr.bzh/replay/5438465-faites-moi-lire-02-04-2026
Xavier Bonami




