MUSIQUE

6 chansons solaires en temps d’éclipse

Le soleil meurt chez Nicoletta, s’éclipse totalement chez Bonnie Tyler, donne rendez-vous à la lune chez Trenet sans jamais y arriver, et finit par traverser l’Europe entière dans toutes les langues. Six chansons (et adaptations), six façons de transformer le plus gros astre du ciel en histoires de cœur, de rupture ou de bronzette. On y croise Trenet en 1939, Ray Charles ébloui dans une loge de concert à Montréal, Bardot murmurant du Stevie Wonder, et Bob Marley qui aura attendu vingt ans que son soleil brille vraiment. 
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Écrite et composée en 1939 par Charles Trenet (avec Albert Lasry), la chanson raconte une histoire d’amour impossible : le soleil et la lune se croisent tous les jours mais ne se rencontrent jamais, séparés par la sacro-sainte alternance du jour et de la nuit. Trenet écrit ça à la veille de la guerre — l’époque était sombre, le swing s’en fichait royalement, et encore aujourd’hui on se régale de paroles plus que distrayantes et d’une musique entrainante.

Le soleil a rendez-vous…

Écrite et produite par Jim Steinman, la chanson s’appelait à l’origine « Vampires in Love »,  pour une comédie musicale sur Nosferatu qui n’a jamais vu le jour. Recyclée pour Bonnie Tyler, enregistrée en 1982 au Power Station de New York, elle sort le 11 février 1983 sur l’album Faster Than the Speed of Night.

Résultat : numéro un au Royaume-Uni comme aux États-Unis, quatre semaines en tête du Billboard et la France l’accueille avec délectation. Pas mal pour une romance de vampire recasée en hymne de rupture planétaire — l’éclipse n’a rien d’astronomique ici, mais elle est totale quand même surtout pour Bonnie Tyler (Gaynor Sullivan) qui nous a quitté le 8 Juillet 2026…

Musique de Hubert Giraud, paroles de Pierre Delanoë, la chanson sort en single en novembre 1967. Elle avait pourtant été recalée de la présélection française pour l’Eurovision 1967, le jury la trouvant trop triste (c’est peu dire que le jury n’avait pas tort, mais tort quand même). Quelques mois plus tard, Nicoletta part faire sa promo à Montréal et apprend que son idole Ray Charles s’y produit le soir même : elle décroche une place, pleure du début à la fin du concert, puis se retrouve avec lui en loge où elle lui offre son album.

Trois semaines après, coup de fil à Paris : Ray Charles a écouté le disque, trouve que « ça sonne comme du blues français » et veut l’adapter. Sa version, « The Sun Died », sort en mars 1968 sur l’album A Portrait of Ray, coécrite avec Ann Grégory en plus des auteurs français. Le soleil meurt donc deux fois, en français puis en anglais — il ressuscite quand même tous les matins, sans rancune.

Il est mort le soleil

The sun died

Adaptation française de « You Are the Sunshine of My Life » de Stevie Wonder (1972). Distel et elle en font un duo en 1973, année où B.B. tourne le dos au cinéma pour se consacrer à la cause animale : la sunshine de sa vie passe alors à quatre pattes…

Le duo fonctionne surtout parce qu’aucun des deux ne cherche à couvrir la voix de l’autre : Distel joue le crooner tranquille, Bardot murmure comme si le micro allait s’évanouir. Carte postale sonore des seventies, charme suranné garanti.

Tu es le soleil de ma vie

Coécrite par Bob Marley et le producteur Lee « Scratch » Perry, enregistrée au studio Randy’s de Kingston avec Peter Tosh, la chanson paraît en 1971 sur Soul Revolution Part II. Elle passe pourtant presque inaperçue du vivant de Marley, malgré une reprise sur Kaya en 1978.

Le vrai coup de soleil arrive tard : en 1999, un remix signé Funkstar De Luxe la propulse numéro un des clubs américains et numéro trois au Royaume-Uni, près de vingt ans après la mort de Marley. Une chanson sur l’éclat du soleil qui aura mis trois décennies à vraiment briller… pas de risque de coup de soleil donc !

sun is shining

sun is shining adaptation

Composée par l’Espagnol Fernando Arbex, la maquette est bricolée pendant que le groupe écossais tourne en Espagne. Sortie aux Pays-Bas en août 1971 puis au Royaume-Uni en novembre, elle grimpe à la cinquième place des charts britanniques et cartonne un peu partout en Europe.

Un tube écrit par un Espagnol, chanté par des Écossais, produit à Rome — et adapté en français par une Grecque, Nana Mouskouri, sous le titre « Soleil Soleil ». Le soleil, décidément, ne connaît ni frontières ni accents.

soley soley

Soleil Soleil

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