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Interview exclusif de Régis Loisel : tout sur son travail et des planches exclusives du prochain Opus de La Quête de l’oiseau du temps !

À l’occasion du Festival BD’Oléron du 12 au 14 Juin 2026, à Dolus d’Oléron, Régis Loisel s’est prêté à un entretien à bâtons rompus sur son travail et l’univers de la BD, avec en prime des planches exclusives du prochain et dernier opus de la série La quête de l’oiseau du temps.

Je commence par faire une ébauche story board au crayon pour définir ma mise en scène sur un papier à part. Je trace mes cases sur ma planche et je commence le dessin puis j’encre à la plume. Évidemment, au final je ferai des corrections à la gouache blanche et bien j’aurai recours aux « rustines ». En fait j’adorerais pouvoir travailler sans avoir à utiliser ma gouache et mon cutter.  Serge Le Tendre et moi avons écrit le scénario ensemble et évidemment, comme pour le dessin, il y a toujours quelques rectifications à effectuer sur le texte

Il est fait au départ avec Serge lors de l’écriture du scénario. Et, comme je te le disais, je dessine une mise en scène succincte avant de m’attaquer au dessin proprement dit, mise en scène qui doit être facilement lisible pour le lecteur, c’est à dire en partant de la première case en haut à gauche à la dernière en bas à droite.

Dans cette planche, par exemple, Bragon s’envole sur une monture pour quitter sa ferme. On, le suit dans les 3 images suivantes qui forment une ellipse montrant que le temps a changé avec la pluie jusqu’au gros plan sur l’avant-dernière image pour finaliser à nouveau sur l’envol de Bragon. C’est une mise en scène très simple et cinématographique.

Oui, car pour moi, la narration est capitale.

C’est certain. La bande dessinée est très proche. D’ailleurs pratiquement tous les réalisateurs ont recours à un storyboard. Mais n’oublions pas que la BD a existé avant le cinéma…

Oui, effectivement il y a longtemps en 1995 et 1997 et puis un storyboard pour Le petit Poucet d’Olivier Dayan.

C’est vraiment dans le storyboard qu’il y a les premières intentions, le travail de création de ce qui définit le devenir de ton histoire. J’aimerais tellement que que l’expressions du dessin s’arrête à ce stade là ! Mais malheureusement pour moi, il faut peaufiner, revenir sur le trait et surtout pire corriger, recorriger, gommer, nettoyer… Étant perfectionniste, je ressens cette phase de mon travail comme une grande souffrance. Heureusement qu’après tout ce processus, j’arrive à être satisfait.

Ah, j’ai du mal, je ne vois que les défauts…

Non, impossible… Je n’ai pas un dessin suffisamment codifié comme Hergé, Peyot, Disney….

Non exception faite pour les couleurs. Dans ce cas là, j’assiste un coloriste qui, lui, travaille sur ordinateur.

Oui si le cinéma inspire la BD par un certain style de narration, par les cadrages, par la dynamique, inversement la BD inspire aussi le cinéma. Moebius par exemple a « révolutionné » l’esthétique du cinéma de science-fiction.

Oui, bien sûr par des codes graphiques différents et un sur-découpage. Chaque auteur apporte sa pierre à l’édifice. Pour ma part, dans La quête, je faisais et fais toujours des premiers plans très sombres, noirs… ce qui permet de donner de la profondeur à l’image.

Par exemple, si je dessine une scène qui se passe dans une forêt, je vais dessiner un premier plan noir qui va prendre beaucoup de place dans l’image avec des branches, du feuillage… ce qui va me permettre, au travers de ces feuillages, de montrer une action au loin et d’amener l’inconscient du lecteur à se positionner en tant que voyeur. Je fais cela également pour pallier à mes faiblesses et ne pas voir à montrer tous les personnages.

J’ai beaucoup aimé ce que faisait Hermann, mais mes références de départ sont plutôt américaines  -Disney- puis plus caricaturales avec des dessinateurs du magazine Mad, à savoir Jack Davis et Wallace. Un dessin formidable, expressif, agressif, excessif.et mois j’aime bien être excessif À partir de là, évidemment, Franquin, Uderzo, et pour la composition Gustave Doré.

Une fois… mais jà l’époque je ne connaissais pas ces grands noms. Avec le temps, nous avons fait beaucoup de rencontres. C’est différent aujourd’hui car je fréquente moins les festivals. (sauf Oléron bien entendu NDA). Et, d’autre part, j’ai vécu 17 ans au Canada.et par conséquence, je connais moins les nouvelles générations.

Nous étions trois dessinateurs quasiment voisins. Donc ce festival, c’est Jean-Charles Kraehn (Tramp), Laurent Vicomte (Ballade au bout du monde) et moi qui l’avons initié. Mais ce sont les gens de la mairie de Perros-Guirec qui l’ont pris en mains… Nous, notre missions était de fournir un beau carnet d’adresses et quelques conseils au niveau de la communication et du bien-être des invités.

Au départ, il y avait une grosse vingtaine d’invités puis 40… Aujourd’hui, il est très important d’avoir une quasi parité femmes-hommes et c’est très bien comme cela. Enfin, avoir une ou deux têtes d’affiche est primordial ainsi que la diversité.

J’ai dessiné L’oeuf des ténèbres… c’était en1987… Puis sont venus 8 albums qui sont devenus la deuxième époque dessinée par d’autres dessinateurs, Serge Le Tendre et moi-même toujours au scénario J’ai tout de même supervisé le dessin en faisant des retouches et des corrections. 

C’était prévu dès le départ. Ce nouvel album comprendra 86 pages, et ensuite, après une cinquantaine d’années, la série sera totalement terminées.

Il n’y a pas de règles, l’histoire se termine quand tout a été raconté. Par contre 160 pages, pour La dernière maison avant la forêt plus jamais !

Pour cette histoire, précisément, non. Par contre, c’est toujours confortable de s’installer dans une série qui va permettre de développer la psychologie des personnages, le déroulement de l’action et… la fidélisation des lecteurs.

Autre avantage, non négligeable, c’est qu’une série permet à son auteur de mieux vivre qu’avec un album unique…

Non par forcément. Si ton premier album a suscité un bon intérêt auprès du lectorat, tu as de forte chances que qui suivront auront un certain succès.

Moi, j’ai eu beaucoup de chances, car la chance est un facteur non négligeable avec mes séries qui ont toutes bien fonctionné.

Oui, c’est pour ça que je dis que j’ai de la chance.

Peu importe, tout dépend du projet, du collaborateur et des relations humaines…

Oui, mais travailler en équipe peut être aussi très fructueux. Comme par exemple avec, Jean-Louis Tripp (qui sera présent au Festival d’Oléron NDA) avec qui j’ai travaillé en bonne intelligence. Comme les autres : Vincent Mallié (Le grand mort), Jean-Blaise Djian (Le grand mort, La dernière maison juste avant la forêt), Olivier Pont (Un putain de salopard)…

Ceci dit, s’il y a une collaboration que je préfère, c’est la co-scénarisation où l’on peut tricoter une histoire.

La seule collaboration graphique que j’ai faite c’est avec Jean-Louis Tripp… Je mettais en place toute la page, la recherche de la mise en scène, les personnages et lui décalquait avec une table lumineuse puis ajoutait ses propres codes graphiques sur les miens…

C’était une idée de Jean-Louis de travailler ensemble. Nous en avions assez de dessiner lui comme moi pour des raisons différentes. Lui de rechercher des cadrages, moi de peaufiner, lui de commencer ses planches et moi de terminer les imennes !

C’est comme ça qu’est né Magasin général. On s’est mis d’accord sur une idée de scénario que j’avais en mémoire depuis bien longtemps.

Oui, c’est vraiment énorme, mais il faut remettre les choses dans leur contexte. au Canada là-bas quand tu vends 2000 c’est un best-seller, et quand à nous 15.000 albums ont été vendus !

Nous avons été très attentifs et respectueux de l’adaptation du récit dans la parlure du Québec de cette époque. Nous avons eu pour cela d’ailleurs, l’aide précieuse d’un ami québecois Jimmy Beaulieu.

Il y a beaucoup d’expressions savoureuse que j’adore comme par exemple de dire de quelqu’un : « qu’à la mèche courte » en parlant d’un individu qui s’énerve très facilement.

J’ai une histoire en tête et je réalise un synopsis que je veux proposer et éventuellement quelques croquis… Puis je vais voir un éditeur qui sera intéressé ou pas !

Par contre, je n’ai jamais fait de travail de commande.

Hormis pour Jacques Glénat, qui venait d’obtenir une licence Disney pour 3 ans, Mickey… Mickey un rêve d’enfance ! Qui m’a procuré beaucoup de plaisir.

Je dois aussi dire que depuis un bon moment les éditeurs me font confiance.

Je le choisis par rapport au sujet de l’histoire que je veux proposer. Certains éditeurs sont axés sur l’aventure, d’autres l’intime, le social… C’est important de pouvoir choisir le bon éditeur. Magasin général par exemple ne pouvait pas être publié ailleurs que chez Casterman.

Par contre, je ne suis pas dupe, étant devenue une « valeur commerciale », les éditeurs ont toujours bien envie de travailler avec moi. Pour autant nous avons de bons rapports, quelques fois amicaux, et les choses sont toujours claires.

Il faut que tout le monde vive, mais malheureusement ce n’est pas possible. La réalité est dure pour les éditeurs, gros et surtout petits.

Je suis toujours content de voir arriver des nouveaux auteurs mais beaucoup ont peu de chances d’émerger tant ils sont nombreux. À peu près 7.000 titres paraissent chaque années. Le public n’est pas capable, tout comme les libraires, d’absorber autant de volume. En 1983, lorsque j’ai débuté, 350 titres sortaient chaque année, tous éditeurs confondus, c’était évidemment plus facile pour ceux de ma génération.

Oui et je le regrette car beaucoup d’auteurs méritent de vivre de leur travail, ce qui n’est pas le cas pour beaucoup aujourd’hui !

C’est effectivement un gros problème pour les libraires qui sont envahis par une surproduction pas toujours à la hauteur et attendue. C’est un peu les mêmes règles que dans la littérature ou le cinéma. C’est encore et toujours le problème de la surproduction et et du manque d’exigence des éditeurs et d’autres décideurs. Et également pour les libraires, une question toute simple de place…

C’est vrai que moi je n’ai pas ce problème, même si je trouve mon métier épuisant et fastidieux. Par contre l’apport du numérique a facilité bien des choses pour ceux qui l’utilisent.

C’est certain dans le cadre de l’édition. Et, il y a eu à partir des années 90 l’arrivée du manga qui petit à petit change le monde de la bande dessinées. Aujourd’hui 50 % des des BD vendues sont des mangas. Il y a beaucoup à lire et elle sont souvent intéressantes et coûtent aux alentours de10 €, alors…

Pour le moment je pense qu’il ne retrouvera pas son public… Il y aura forcément des gens comme toi et moi qui l’ont lu à sa grande époque. Mais, l’intérêt de cette parution nouvelle est de permettre à de jeunes auteurs de publier leurs travaux et de se faire remarquer.

Oui, ça c’est bien. C’est plus vaste que la bande dessinée, c’est une très bonne revue.

Alors, je ne sais pas si vous le savez, mais il va y avoir un « grand festival » sur cette superbe île d’Oléron. ça va être la deuxième édition, organisée par une équipe formidable, celle de La Colo à Dolus… j’en ai même réalisé l’affiche tant ils sont sympathiques.

Il y aura beaucoup d’auteurs pour tous les goûts et tous les âges, des expositions, des concerts, des rencontres avec le public dans un lieu exceptionnel et convivial où l’on peut également se restaurer… et je serai là !

Michel Toloton

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